Poème
Quand j'ay pensé en vous ma bien aymée...
par Clément MAROT
Quand j'ay pensé en vous ma bien aymée, Trouver n'en puis de si grande beaulté: Et de vertu seriez plus estimée, Qu'aultre qui soit, si n'estoit cruaulté. Mais pour vous aymer loyaulment J'ay recompense de tourment: Toutefois quand il vous plaira, Mon mal par mercy finera. Des que mon oeil apperceut vostre face, Ma liberté du tout m'abandonna, Car mon las cueur esperant vostre grâce De moy partit, et à vous se donna. Or s'est il voulu retirer En lieu, dont ne se peult tirer, Et vous a trouvé sans sy, Fors qu'estes Dame sans mercy. Vostre rigueur veult doncques que je meure, Puis que pitié vostre cueur ne remord, Si n'aurez vous (de ce je vous asseure) Loz, ny honneur de si cruelle mort: Car on ne doibt mettre en langueur Celluy qui ayme de bon cueur: Trop est rude à son Ennemy, Qui est cruel à son Amy.
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