Poème
Remerciement de Théophile à Corydon
Œuvres poétiques - Troisième partie
Filles du souverain des dieux, Belles princesses toutes nues Qui foulez ce mont glorieux Dont la vertu touche les nues, Chères germaines du Soleil, Devant qui la sœur du sommeil Voit toutes ses fureurs captives, Descendez de ce double mont, Et ne vous montrez point rétives Quand le mérite vous semond. Derechef pour l'amour de moi, Saintes filles de la Mémoire, Si vous avez congé du Roi D'interrompre un peu son histoire, Suivez ce petit trait de feu Dont votre frère perce un peu L'obscurité de ma demeure; Déesses, il vous faut hâter, Le Soleil n'a que demi-heure Tous les jours à me visiter. Mais quel éclat dans ce manoir Chasse l'obscurité de l'ombre? D'où vient qu'en ce cachot si noir On ne trouve plus rien de sombre? Invisibles divinités Qui par mes importunités Etes si promptement venues, Dieux! que je me dirai content De vous avoir entretenues Malgré ceux qui m'en veulent tant! Dites-moi, car c'est le sujet Pour qui ma passion vous presse, Quel doit être aujourd'hui l'objet De votre immortelle caresse. Faites que vos divins regards Le cherchent en toutes les parts! Où mes amitiés sont allées. Ah! qu'il paraît visiblement! Muses, vous êtes appelées Pour Corydon tant seulement. Est-ce vous le seul des vivants Qui n'avez point perdu courage Pour la fureur de tant de vents Qui conspirent à mon naufrage, Vous seul capable de pitié, Qu'une si longue inimitié, Contre moi si fort obstinée N'a jamais encore abattu, Et qui suivez ma destinée Jusqu'aux abois de ma vertu? Et tant de lâches courtisans Dont j'ai si bien flatté la vie, Contre moi sont les partisans Ou les esclaves de l'envie! Aujourd'hui ces esprits abjects Ploient à tous les faux objets Que leur offre la calomnie, Et n'osent d'un mot seulement S'opposer à la tyrannie Qui me creuse le monument. Ce ne sont que mignards de lit, Ce sont des courages de terre Que la moindre vague amollit, Et qui n'ont qu'un éclat de verre; Ce n'est que mollesse et que fard; Leurs sens, leurs voix et leur regard Ont toujours diverse visée, Et pour le mal et pour le bien Ils ont une âme divisée Qui ne peut s'assurer de rien. Ces cœurs où l'ennemi de Dieu A logé tant de perfidie Qu'on n'y saurait trouver de lieu Pour une affection hardie, Ils n'ont jamais d'ami si cher Que sa mort les puisse empêcher De quelque visite ordinaire, Où depuis le matin au soir Bien souvent ils n'ont rien à faire Que se regarder et s'asseoir. Mais que peut-on contre le sort? Laissons là ces vilaines âmes, Leur lâcheté n'a point de tort; Ils naquirent pour être infâmes; La fortune aux yeux aveuglés, Aux mouvements tous déréglés, Les a conçus à l'aventure Et sous un astre transporté Qui cheminait contre nature Quand il leur versa sa clarté. Vous êtes né tout au rebours De leurs influences malines, L'astre dont vous suivez le cours Suit les routes les plus divines. Il est vrai que vous méritez Au-delà des prospérités Dont il vous a laissé l'usage; Si le destin donnait un rang Selon l'esprit et le courage Damon serait prince du sang. O dieux! que me faut-il choisir Pour louer mon dieu tutélaire? Que ferai-je en l'ardent désir Que mon esprit a de vous plaire? Je dirai partout mon bonheur, Je peindrai si bien votre honneur Que la mer qui voit les deux Pôles Dont se mesure l'univers, Gardera sur ses ondes molles Le caractère de mes vers.
Connectez-vous pour laisser un commentaire.