Poème
Trois poèmes en prose
par Jacques PREVEL
Avec la presque totalité d'un monde délirant
I Qui suis-je moi qui ai prémédité la grandeur et de me tenir au centre du déluge. Deux hivers ont passé dans cette solitude et la douleur n'a pas cessé de battre dans mes tempes. J'ai fait le difficile apprentissage de la mort et de la solitude, impuissant à tracer le cercle des visions. Ni tétragrammaton, Adanoï, ni le dieu intérieur, ni le mal, ni Satan ne pouvaient me secourir. Le pentagramme était brisé. Entre le ciel et l'enfer, il n'y avait plus de limite, et je suis tombé comme dans les rêves de la hauteur vertigineuse du délire. II Je n'avais plus d'idéal, mâchefer et charbon. tourbillons de fumée, excréments des jours. Je brûlais au hasard tout mon passé dans l'âtre sordide de cette maison où j'usais la vie. Le temps passait. J'apercevais quelquefois un vol de corbeaux, et le vent hurlait sous le vieux toit branlant. Je ne songeais plus à devenir poète, ni même à guérir d'un mal atroce et sanglant. Je restais affaissé, les yeux vides et sans pensée. J'étais mort et que m'importait d'avoir inscrit ma révolte sur des blocs innombrables. III Je n'avais plus d'espoir, ni de raison, je blasphémais, et le temps passait toujours avide de m'enfourner dans son linceul. Je pressentais sa menace, et je hurlais parfois le nom d'un homme qui l'avait défié. Mais je me souvenais d'une clameur qui me déchirait, et mes balbutiements me remplissaient de honte. Plutôt me taire que l'imiter si mal. La peur m'envahissait.
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