Poème
À M. Du Maine, sur ses Œuvres spirituelles
Tu me ravis, du Maine, il faut que je l’advoüe, Et tes sacrez discours me charment tellement Que, le monde aujourd’huy ne m’estant plus que boüe, Je me tiens profané d’en parler seulement. Je renonce à l’amour, je quitte son empire, Et ne veux point d’excuse à mon impiété, Si la beauté des cieux n’est l’unique beauté Dont on m’orra jamais les merveilles écrire. Caliste se plaindra de voir si peu durer La forte passion qui me faisoit jurer Qu’elle auroit en mes vers une gloire eternelle ; Mais, si mon jugement n’est point hors de son lieu, Doy-je estimer l’ennuy de me séparer d’elle Autant que le plaisir de me donner à Dieu ?
Œuvres poétiques de Malherbe, éd. Prosper Blanchemain, Flammarion, 1897 (texte de l’édition de 1630)
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