Poème
À Madame la princesse douairière Charlotte de la Trimouille
Quoy donc ! grande princesse, en la terre adorée, Et que mesme le ciel est contraint d’admirer, Vous avez résolu de nous voir demeurer En une obscurité d’eternelle durée ? La flamme de vos yeux, dont la Cour éclairée A vos rares vertus ne peut rien préférer, Ne se lasse donc point de nous desespérer, Et d’abuser les voeux dont elle est desirée ? Vous estes en des lieux où les champs tousjours vers, Pour ce qu’ils n’ont jamais que de tiedes hyvers, Semblent en apparence avoir quelque mérite ; Mais, si c’est pour cela que vous causez nos pleurs, Comment faites-vous cas de chose si petite, Vous de qui chaque pas fait naistre mille fleurs ?
Œuvres poétiques de Malherbe, éd. Prosper Blanchemain, Flammarion, 1897 (texte de l’édition de 1630)
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