Poème d’un membre
Années professionnelles
par turiaMembre
Quarante-deux ans de carrière professionnelle Quarante-deux ans de misère sociale Quarante-deux ans de mesquineries viles Quarante-deux ans de bassesses Quarante-deux ans de soumissions, À une hiérarchie sotte et débile Quarante-deux ans de refoulement intellectuel Quarante-deux ans d’interdiction de pensée, Même un forçat n’est pas soumis à un tel régime Quarante-deux ans de blocage de carrière, Pour celui qui n’était pas aux ordres, Des pleutres imbéciles et incultes Quarante-deux ans d’étude refoulée, inutile Quarante-deux ans des plus belles années de ma vie, Mise au service du capital Mais aussi, et heureusement Quarante-deux ans de lutte sociale avec quelques victoires éphémères Maintenant au soir de ma vie, sorti de cette gangue Mon épanouissement commence à fleurir Enfin je m’intéresse à la vie sociale et politique libéré de toutes contraintes Finis le temps où il n’était interdit de penser, D’agir comme un être humain Ou je devais laisser mon cerveau à l’entrée de mon entreprise, Ou il m’était nié mon droit à être un homme, Le temps de ma journée de travail L’hiver a été long pour moi et mes camarades, Heureusement que le printemps arrive soudain Déjà de mon corps éclos, Des idées insoupçonnées, libératrices, émancipatrices qui bouillonnent Je sens en moi l’effervescence et le foisonnement des idées, Mon cerveau s’éveille d’un long sommeil Je le sens en moi paraphrasant MAO Que cents écoles rivalisent et que cents fleurs s’épanouissent, Telles les nymphes qui éclosent, Je sors de cette chrysalide et me transforme, Comme le papillon aux milles couleurs Enfin je me découvre, Bientôt débarrassés de ces années d’infamies, Ou j’ai engraissé mon ennemi héréditaire Et s’il me reste assez de temps et de force, Je le consacrerai à le combattre avec tous mes frères de classes Je le hais, lui, ces sbires, ces lèches-culs, et ces faux-frères. toto
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