Poème
Au Roi, après la guerre de 1621 et 1622
Muses, je suis confus : mon devoir me convie À loüer de mon Roy les rares qualitez ; Mais le mauvais destin qu’ont les temeritez Fait peur à ma foiblesse, et m’en oste l’envie. À quel front orgueilleux n’a l’audace ravi Le nombre des lauriers qu’il a déja plantez ? Et ce que sa valeur a fait en deux estez, Alcide l’eust-il fait en deux siecles de vie ? Il arrivoit à peine à l’âge de vingt ans, Quand sa juste colère, assaillant nos Titans, Nous donna de nos maux l’heureuse delivrance. Certes, ou ce miracle a mes sens ébloüis, Ou Mars s’est mis luy-mesme au trosne de la France. Et s’est fait nostre Roy sous le nom de Loüis.
Œuvres poétiques de Malherbe, éd. Prosper Blanchemain, Flammarion, 1897 (texte de l’édition de 1630)
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