Poème
Beauté de qui la grâce étonne la nature...
Beauté de qui la grâce étonne la nature, Il faut donc que je cède à l’injure du sort, Que je vous abandonne, et, loin de votre port, M’en aille, au gré du vent, suivre mon avanture ! Il n’est ennuy si grand que celuy que j’endure ; Et la seule raison qui m’empesche la mort, C’est la doute que j’ay que ce dernier effort Ne fust mal employé pour une ame si dure. Caliste, où pensez-vous ? qu’avez-vous entrepris ? Vous resoudrez-vous point à borner ce mépris Qui de ma patience indignement se joue ? Mais, ô de mon erreur l’étrange nouveauté ! Je vous souhaitte douce, et toutesfois j’avouë Que je doy mon salut à vostre cruauté.
Œuvres poétiques de Malherbe, éd. Prosper Blanchemain, Flammarion, 1897 (texte de l’édition de 1630)
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