Poème
C’est fait, belle Caliste, il n’y faut plus penser...
C’est fait, belle Caliste, il n’y faut plus penser ; Il se faut affranchir des loix de vostre empire. Leur rigueur me dégouste, et fait que je souspire Que ce qui s’est passé n’est à recommencer. Plus en vous adorant je me pense avancer, Plus vostre cruauté, qui tousjours devient pire, Me deffend d’arriver au bon-heur où j’aspire, Comme si vous servir estoit vous offencer. Adieu donc, ô beauté, des beautez la merveille ! Il faut qu’à l’avenir ma raison me conseille, Et dispose mon ame à se laisser guérir. Vous m’étiez un trésor aussi cher que la vie ; Mais, puis que vostre amour ne se peut acquérir, Comme j’en perds l’espoir, j’en veux perdre l’envie.
Œuvres poétiques de Malherbe, éd. Prosper Blanchemain, Flammarion, 1897 (texte de l’édition de 1630)
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