Poème
Les Pôles
par Auguste BRIZEUX
I À UN DESSERVANT Prêtre, te souvient-il qu’un soir, à Loc-Tùdi, Au pied de ton autel je te surpris en larmes, Serrant contre ton cœur le crucifix, tes armes, Plongé dans la prière et presque anéanti ? Au bruit seul de ma voix tu relevas la tête (C’était le front des morts, et non plus des vivants) ; Alors, tournant vers moi tes yeux doux et fervents, Tu me dis : « J’ai vaincu ! combats aussi, poète. » Parlant de l’infini, du ciel et des élus, Nous passâmes deux jours dans ton saint presbytère ; Les ailes de ton âme avaient quitté la terre, Et l’espace et le temps pour toi n’existaient plus. Pôle effrayant de la pensée. Qui pourrait sans vertige atteindre à ta hauteur ? L’âme humaine, aisément lassée. Fuit tes sommets de glace et l’ardent équateur. II AU DOCTEUR P***, DE MARSEILLE Et vous, de la Nature infatigable prêtre, Qui sondez, curieux, les causes de chaque être, Et sur vos creusets tour à tour Pâlissez d’épouvante et tressaillez d’amour, Rappelez-vous l’instant où des profonds royaumes La déesse évoqua des myriades d’atomes, Globules mouvants et gazeux L’un l’autre s’attirant, et vous, homme, avec eux ! Ô terreurs de l’esprit ! Déjà, comme un problème, Dans le Tout, noir chaos, il se cherchait lui-même, Car déjà vos pensers épars De leur faisceau rompu sortaient de toutes parts. Pôle effrayant de la pensée, Qui pourrait sans vertige atteindre à ta hauteur ? L’âme humaine, aisément lassée, Fuit tes sommets de glace et l’ardent équateur.
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