Poème
Pour la marquise de Rambouillet (fragment)
Et maintenant encore en cet âge penchant Où mon peu de lumiere est si prez du couchant, Quand je verrois Helene, au monde revenue En l’estat glorieux où Paris l’a connue, Faire à toute la terre adorer ses appas, N’en estant point aimé, je ne l’aimerois pas. Cette belle bergere, à qui les Destinées Sembloient avoir gardé mes dernieres années, Eut en perfection tous les rares tresors Qui parent un esprit et font aimer un corps. Ce ne furent qu’attraits, ce ne furent que charmes ; Sitost que je la vis, je luy rendis les armes ; Un objet si puissant ébranla ma raison, Je voulus estre sien, j’entray dans sa prison, Et de tout mon pouvoir essayai de luy plaire Tant que ma servitude espera du salaire. Mais, comme j’apperçus l’infaillible danger, Où, si je poursuivois, je m’allois engager, Le soin de mon salut m’osta cette pensée ; J’eus honte de brusler pour une ame glacée, Et, sans me travailler à luy faire pitié, Restreignis mon amour aux termes d’amitié. Note : fragment, donné inachevé par la source.
Œuvres poétiques de Malherbe, éd. Prosper Blanchemain, Flammarion, 1897 (texte de l’édition de 1630)
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