Un Jour Un Poème : chaque jour un nouveau poème et toutes les oeuvres des plus grands poètes

Le poème du jour ...

Lila, personne orientale,
Qu’on n’égale qu’aux Dieux et qu’aux
Rois, dit: Je suis l’Horizontale
Dont on parle dans les Échos.

Je suis la plus belle Tendresse
Que dans la forêt suive un daim,
Et le Lys ébloui se dresse,
Quand je passe dans le jardin.

Étrangère à toutes les Prusses,
Je suis la favorite des
Russes et des Montagnes Russes
Et, la nuit, je dors sous un dais.

Cantinière de l’ambroisie,
Aussi blonde que le maïs,
Voyez, je suis comme Aspasie
Et comme Thaïs et Laïs.

Je suis, avec mon front de lune,
Comme Rhodope au rire frais,
Que l’Égypte vit bâtir une
Grande pyramide, à ses frais.

Je visite Amour dans sa forge,
Comme Phryné, dont l’avocat
Fit voir la radieuse gorge,
Seule excuse qu’il invoquât!

Dédaignant toute mousseline,
Je suis, dans ce siècle vénal,
Comme la grande Messaline,
Mal comprise par Juvénal.

Je suis comme ces tentatrices
Et comme Ninon de Lenclos,
Dont on adorait les caprices,
Innombrables comme les flots.

Célèbre jusques dans l’Autriche,
Je suis comme Sophie Arnould
Qui, par l’esprit, fut aussi riche
Que les Rothschild et que les Fould.

C’est de moi que naît le délire
Et je suis, comme je le dois,
A moi seule toute la Lyre
Qu’Amour fait vibrer sous ses doigts. –

C’est ainsi que Lila, savante
A donner de bonnes raisons,
Fait son propre éloge, et se vante
Par un choix de comparaisons.

Mais en regardant sa frimousse,
Voyant comme elle a le nez fait,
Un jeune homme à la voix très douce
L’interpelle et dit: En effet,

Madame, c’est vous le cytise
Que broute le chevreau lascif;
Courtisane, tout vous courtise;
Vous rendez l’univers pensif.

Vous entraînez la vieille Europe
Dans votre vertige effréné;
Oui, vous êtes comme Rhodope
Et comme Laïs et Phryné.

Mais, ô nymphe, qui dans les fêtes
Passez comme une flèche, au son
Des brillants orchestres, vous êtes
Également — comme Chausson!

25 décembre 1888.

Théodore de BANVILLE

Portait de Théodore de BANVILLE

Etienne Jean Baptiste Claude Théodore Faullain de Banville, né le 14 mars 1823 à Moulins (Allier) et mort le 13 mars 1891 à Paris, est un poète, dramaturge et critique français. Célèbre pour les « Odes funambulesques » et « les Exilés », il est surnommé « le poète du bonheur ». Ami de Victor Hugo, de Charles Baudelaire et de Théophile Gautier, il est considéré dès son vivant comme l’un des plus éminents poètes de son époque. Il a notamment découvert le talent naissant d’Arthur... [Lire la suite et accéder à l'ensemble de ses oeuvres poétiques]

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