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Le poème du jour ...

De l’époux bien-aimé n’entends-je pas la voix ?
Oui, pareil au chevreuil, le voici, je le vois.
Il reparaît joyeux sur le haut des montagnes,
Bondit sur la colline et passe les campagnes.

Ă” fortifiez-moi ! mĂŞlez des fruits aux fleurs !
Car je languis d’amour et j’ai versé des pleurs.
J’ai cherché dans les nuits, à l’aide de la flamme,
Celui qui fait ma joie et que chérit mon âme.

Ô ! comment à ma couche est-il donc enlevé !
Je l’ai cherché partout et ne l’ai pas trouvé.
Mon Ă©poux est pour moi comme un collier de myrrhe ;
Qu’il dorme sur mon sein, je l’aime et je l’admire.

Il est blanc entre mille et brille le premier ;
Ses cheveux sont pareils aux rameaux du palmier ;
A l’ombre du palmier je me suis reposée,
Et d’un nard précieux ma tête est arrosée.

Je préfère sa bouche aux grappes d’Engaddi,
Qui tempèrent, dans l’or, le soleil de midi.
Qu’à m’entourer d’amour son bras gauche s’apprête,
Et que de sa main droite il soutienne ma tĂŞte !

Quand son cœur sur le mien bat dans un doux transport,
Je me meurs, car l’amour est fort comme la mort.
Si mes cheveux sont noirs, moi je suis blanche et belle,
Et jamais à sa voix mon âme n’est rebelle.

Je sais que la sagesse est plus que la beauté,
Je sais que le sourire est plein de vanité,
Je sais la femme forte et veux suivre sa voie :
« Elle a cherché la laine, et le lin, et la soie.

« Ses doigts ingénieux ont travaillé longtemps ;
Elle partage à tous et l’ouvrage et le temps ;
Ses fuseaux ont tissu la toile d’Idumée,
Le passant dans la nuit voit sa lampe allumée.

« Sa main est pleine d’or et s’ouvre à l’indigent ;
Elle a de la bonté le langage indulgent ;
Ses fils l’ont dite heureuse et de force douée,
Ils se sont levés tous, et tous ils l’ont louée.

« Sa bouche sourira lors de son dernier jour. »
Lorsque j’ai dit ces mots, plein d’un nouvel amour,
De ses bras parfumés mon époux m’environne,
Il m’appelle sa sœur, sa gloire et sa couronne.

Alfred de VIGNY

Portait de Alfred de VIGNY

Alfred Victor, comte de Vigny est un Ă©crivain, dramaturge et poète français, nĂ© le 27 mars 1797 ou 7 Germinal An 5 Ă  Loches (Indre-et-Loire) et mort le 17 septembre 1863 Ă  Paris, 8ème. Figure du romantisme, contemporain de Victor Hugo et de Lamartine – il frĂ©quente le CĂ©nacle – il Ă©crit parallèlement Ă  une carrière militaire entamĂ©e en 1814 et publie ses premiers poèmes en 1822. Avec la publication de « Cinq-Mars » en 1826, il contribue au dĂ©veloppement du roman historique français. Ses traductions versifiĂ©es de Shakespeare... [Lire la suite et accéder à l'ensemble de ses oeuvres poétiques]

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