Un Jour Un Poème : chaque jour un nouveau poème et toutes les oeuvres des plus grands poètes

Le poème du jour ...

Nous n’avons su toutes ces choses qu’après sa mort.
Vie de Pascal par Mme Perier

Convalescent au lit, ancré de courbatures,
Je me plains aux dessins bleus de ma couverture,

Las de reconstituer dans l’art du jour baissant
Cette dame d’ en face auscultant les passants :

Si la Mort, de son van, avait chosé mon être,
En serait-elle moins, ce soir, à sa fenêtre ? …

Oh ! mort, tout mort ! Au plus jamais, au vrai néant
Des nuits où piaule en longs regrets un chant-huant !

Et voilà que mon Âme est tout hallucinée !
Mais s’abat, sans avoir fixé sa destinée.

Ah ! Que de soirs de mai pareils à celui-ci,
Que la vie est égale; et le coeur endurci !

Je me sens fou d’un tas de petites misères.
Mais maintenant, je sais ce qu’il me reste à faire.

Qui m’a jamais rêvé ? Je voudrais le savoir !
Elles vous sourient avec âme, et puis bonsoir,

Ni vu ni connu. Et les voilà qui rebrodent
Le canevas ingrat de leur âme à la mode ;

Fraîches à tous, et puis reprenant leur air sec
Pour les christs déclassés et autres gens suspects

Et pourtant, le béni grand bol de lait de ferme
Que me serait un baiser sur sa bouche ferme !

Je ne veux accuser personne, bien qu’on eût
Pu, ce me semble, mon bon cœur étant connu…

N’est-ce pas ; nous savons ce qu’il nous reste à faire,
Ô cœur d’ or pétri d’aromates littéraires,

Et toi, cerveau confit dans l’alcool de l’orgueil !
Et qu’il faut procéder d’abord par demi-deuils…

Primo : mes grandes angoisses métaphysiques
Sont passées à l’état de chagrins domestiques ;

Deux ou trois spleens locaux. -ah ! Pitié, voyager
Du moins, pendant un an ou deux à l’étranger…

Plonger mon front dans l’eau des mers, aux matinées
Torrides, m’en aller à petites journées,

Compter les clochers, puis m’asseoir, ayant très chaud,
Aveuglé des maisons peintes au lait de chaux…

Dans les Indes du rêve aux pacifiques Ganges,
Que j’en ai des comptoirs, des hamacs de rechange !

-Voici l’œuf à la coque et la lampe du soir.
Convalescence bien folle, comme on peut voir.

Jules LAFORGUE

Portait de Jules LAFORGUE

Jules Laforgue, né à Montevideo le 16 août 1860 et mort à Paris le 20 août 1887, est un poète du mouvement décadent français. Né dans une famille qui avait émigré en espérant faire fortune, il est le deuxième de onze enfants. À l’âge de dix ans, il est envoyé en France, dans la ville de Tarbes d’où est originaire son père. Jules et son frère aîné y sont confiés à des cousins. Entre 1868 et 1875, il est pensionnaire au lycée de Tarbes. En octobre 1876, il part vivre, avec sa famille rentrée d’Uruguay, à Paris. Sa mère meurt en couches en 1877 alors... [Lire la suite et accéder à l'ensemble de ses oeuvres poétiques]

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