Jacques Prével, le poète méconnu, dans 'Actualités et anecdotes du monde du poème'

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Jacques Prével, le poète méconnu

05/09/2015

Né le 21 Juillet 1915 à Bolbec, petite commune de Seine-Maritime proche du Havre, Jacques Marie Prével est surtout connu pour son journal « En compagnie d’Antonin Artaud » dont un film éponyme sera réalisé par Gérard Mordillat en 1993 avec Samy Frey dans le rôle d’antonin Artaud et Marc Barbé dans celui de Jacques Prével.

Pourtant Jacques Prével est aussi l’auteur de 4 recueils de poèmes :

  • Poèmes mortels (1945),
  • Poèmes pour toute mémoire (1947),
  • De colère et de haine (1950),
  • un recueil posthume, En dérive vers l’absolu ( Seghers 1952)

Le style Prévelien

Jacques Prével n’est pas un interprète de la beauté du monde ni un observateur des événements de son époque troublée par la guerre, mais il est le réceptacle de la violence et des névroses engendrées par cette période sombre de l’histoire.
Sa poésie écrite principalement à la première personne est un exutoire à cette souffrance intérieure qui le ronge autant que la maladie qui lentement le tue (il était tuberculeux).

Les poèmes de Jacques Prével sont en vers libres, dépouillés au strict nécessaire afin de crier l’urgence de cette vie fragile et éphémère. La nature est quasiment absente dans sa poésie, la lumière est blafarde et le minéral prend beaucoup de place (pierres, roches en fusion, silex etc).
Le vent est très présent comme élément de son oeuvre (certainement celui des côtes normandes) ainsi que la pluie qui revient dans beaucoup de poèmes.
Les mots sont durs, le sang omniprésent et les poèmes deviennent une mise en scène de sa propre vie chaotique où la violence se manifeste aussi bien dans l’expression de sa double vie amoureuse (Prével partageait sa vie entre deux femmes) que dans l’introspection de sa maladie qui lentement le ronge.

La poésie de Jacques Prével est le miroir de son âme tourmentée, en quête permanente de reconnaissance, d’amitiés et d’absolu. Le sentiment d’etre rejetté par le milieu littéraire autour duquel il gravite dans le Paris de Saint-Germain-Des-Prés fera grandir en lui sa haine et sa colère.
Colère et haine exacerbées par celui qui était devenu son mentor (Antonin Artaud) et qui le poussait à toujours aller plus loin dans sa révolte.
La mort de ce dernier en mars 1948 le laissera profondément démuni, comme il l’écrira dans son journal, et sonne un peu comme sa propre mort. Car le poète Jacques Prével, luttant contre la maladie se met un peu de côté pour devenir une sorte de biographe d’Artaud le Mômo.

Durant les dernières années de sa vie, il va en effet rassembler toutes les notes qu’il avait rédigées lors de ses entrevues avec l’astre noir Antonin Artaud.
Cela donnera naissance à son œuvre la plus connue « En compagnie d’Antonin Artaud »

Mort de Jacques Prével

Le 15 juin 1951, René Delfau adressa un courrier à la tante de Jacques Prével en faisant le compte-rendu de ce que Monsieur Morissot, l’interne de service au sanatorium Alfred Leune avait constaté dans la nuit du 27 mai 1951 :
«  Lorsqu’il pénétra dans la chambre à la suite de l’infirmière, il trouva Monsieur Prével renversé en arrière sur l’oreiller. Sa tête était tournée à gauche et le sang qu’il avait rendu formait déjà un gros caillot devant sa bouche sur l’oreiller. Sa main tenait encore le crachoir plein de sang. Il était mort. Il avait donc juste eu le temps de cracher et de sonner. Une syncope le terrassa presque immédiatement »

Jacques Prevel allait avoir 36 ans… Il est enterré au cimetière de Bolbec. Sur sa tombe on peut lire ces quelques vers :

«  Et je suis las de cette brume qui m’efface
Je suis fatigué de cette misère
Et j’imagine un amour que je pourrais vivre sans pleurer
J’imagine un amour où je pourrais mourir sans regret
»

En savoir plus

Merci à Guillaume Prével, petit-fils de Jacques Prével, pour cet hommage à son grand-père.

Commentaires

  1. Merci à toi Guillaume, Merci à toi Alexandre. Amitiés.

  2. Merci Guillaume pour cet article en forme d'hommage.

  3. Merci Atos, merci Fab, je suis ému,.. je remercie surtout Alexandre de m'avoir permis de réaliser cet article dans une si merveilleuse vitrine
    Il y a juste une petite coquille dans la partie "en savoir plus" mais qui en même temps est cocasse car elle me rappelle une anecdote!

    Jacques Prevel avait croisé Jacques Prévert au café Flore et s'était présenté à lui en indiquant qu'ils étaient presque homonymes.Prével avait alors indiqué avoir rajouté son deuxième prénom pour éviter la confusion soit Jacques Marie, ce à quoi avait répondu Prévert je m'appelle moi aussi Jacques Marie...
    Je trouve ce clin d'oeil amusant mais je vais quand même signalé l'erreur à Alexandre

  4. oups pardon pour les quelques fautes

  5. http://www.oberonlapartdureve.fr/jacques-prevel-antonin-artaud/

    Voici un lien vers une pièce de théâtre mise en scène par Béatrice Seiden de Ruy, fille de jany de ruy l'ancienne compagne de Jacques Prével basée sur le livre "en compagnie d'antonin artaud"

  6. Merci Guillaume, c'est corrigé.
    Au passage, ça nous a permis de découvrir cette anecdote cocasse :-)

  7. réédition du journal de jacques Prevel aux éditions Flammarion depuis le 4 Novembre

  8. Merci à Guillaume, à vous pour tous ces liens. Je m'étais intéressée à Antonin Artaud à l'époque où je me passionnais de théâtre." Le Théâtre et son double"," l'Ombilic des limbes". Je me réjouis de visionner les vidéos. Je ne connaissais pas les liens entre Artaud et Prével.La tuberculose faisant des ravages à cette époque, c'est terrible de mourir si jeune.
    Encore merci.
    Soizik

  9. Le plaisir est pour moi Soizic!

  10. Merci pour cette découverte d'un écrivain méconnu.

  11. De ce témoin phosphorescent, Nicolas Rozier se fait à son tour le témoin. Dans une réaction en chaîne régénérante, il tend la main vertigineusement au Prevel intensément poète – celui qui retrouva chez Artaud ce « vertige né il y a des siècles et qui s’empare de mon vertige ». Et par les moyens d’une prose noueuse, tendue comme une perche à quelqu’un qui se noie, Rozier dit simplement ceci : le nom de Jacques Prevel, inséparable aujourd’hui de celui d’Antonin Artaud, n’a pas encore atteint sa propre résonance. Et pourtant ! Lisant Prevel pour la première fois, en avril 1946, Artaud y repère déjà des « revendications émotives qui viennent d’extrêmement loin ». C’est que Prevel a aussi misé sur la passion du vivant. Écoutons de plus près, écoutons vraiment : « je suis le donneur de sang », « je suis un homme à même l’infinité », « revenu des rêves et revenu des morts », « le monde agrandi soudain jusqu’à mon cœur », « le feu blanc de la lumière exsangue », « en dérive vers l’absolu ». (Extrait de la préface de Zéno Bianu)

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