Poème
À un enfant
par Eugène MANUEL
Enfant, tu grandis : que ton cœur soit fort! Lutte pour le bien : la défaite est sainte. Si tu dois souffrir, accorde à ton sort Un regret parfois, — jamais une plainte. Écris, parle, agis, sans peur du danger. L’univers est grand : que ton œil y plonge ! Tu pourras faillir, même propager Une erreur parfois, —jamais un mensonge. Si tu vois plus tard d’indignes rivaux Toucher avant toi le but de ta vie, Trahis seulement, sûr que tu les vaux, Du dépit parfois, — jamais de l’envie. Tu voudras aimer : l’amour prend pour lui Nos meilleurs élans contre un long mécompte ! Du moins, qu’il te laisse, après qu’il a fui, Ses larmes parfois, — mais jamais sa honte! Le mal ici-bas trône audacieux : D’un amer dégoût si ton âme est pleine, Nourris dans ton sein, montre dans tes yeux Du mépris parfois, — jamais de la haine. Et si dans ce monde, étroite prison, Un trouble apparent met l’âme en déroute, Que l’œuvre de Dieu laisse à ta raison Un souci parfois, —mais jamais un doute!
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