Poème
Alea
par Eugène MANUEL
Pendant la guerre — Après la guerre
Juillet 1870 Rois, nous vous adjurons encore! Tous vos apprêts sont terminés : Pour un dénoûment qu’on ignore Cent mille hommes sont condamnés; Cent mille êtres jeunes et braves, Se traitant comme des bandits, Vont tomber — ces chiffres sont graves! Hachés par vos engins maudits. La plaine boira, plus féconde, Le sang de tous ces nobles cœurs ; Mais un deuil qui navre le monde Vous attend, vaincus ou vainqueurs. Si vous avez des consciences Que le remords puisse émouvoir, Etouffez vos impatiences, Et pesez bien votre devoir! La guerre où vous poussez les hommes Garde plus d’un retour vengeur; La minute obscure où nous sommes Trouble pour vous l’humble songeur. La mort va faucher sur vos terres : De quel côté ? Nul n’en sait rien ! Vous jouez avec des mystères Qui font pâlir l’historien ! Il en est temps : que Dieu t’inspire, O toi qui, le premier des deux, Diras.: « C’est trop payer l’empire Au prix de ce fléau hideux! « Je laisse au fourreau mon épée! La gloire, en quête de combats, Cette fois-ci sera trompée : Décidément, je ne veux pas! » Donne, oh! donne ce grand exemple, Unique au monde jusqu’ici, Et l’Europe qui te contemple Te dira : « Sois béni! Merci! » Fais retentir cette parole Dont tressaillira l’univers : « L’homme est sacré, la lutte est folle; Et vaincre est encore un revers ! » Tu ne verras point, dans le rêve Où se complaisait ton orgueil, Les arcs triomphaux qu’on élève Dans l’oubli des mères en deuil; Tu n’entendras point le tapage Que font les stupides canons; Tu n’auras point la sombre page Où l’histoire inscrit les grands noms ; Tu n’auras point — que nous importe ! — Le coin de terre convoité : Mais, si par toi la guerre est morte, Oh! la belle immortalité 1. même dans des journaux où nous comptions des amis ; ils froissaient l’opinion surexcitée, qui n’était déjà plus en état de les accepter, " Nous ne pouvons pas ! " nous répondait-on.
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