Poème
Blason du laid tétin
par Clément MAROT
Tétin qui n’as rien que la peau, Tétin flac, tétin de drappeau, Grand tétine, longue tétasse, Tétin, doy-je dire bézasse ? Tétin au grand vilain bout noir Comme celluy d’un entonnoir, Tétin qui brinballe à tous coups Sans estre esbranlé, ne secoux, Bien se peult vanter qui te taste D’avoir mis la main à la paste ! Tétin grillé, tétin pendant, Tétin flestry, tétin rendant Villaine bourbe en lieu de laict. Le diable te feit bien si laid ! Tétin pour trippe réputé, Tétin, ce cuidé-je, emprunté, Ou desrobé, en quelcque sorte, De quelque vieille chèvre morte ; Tétin propre pour en enfer Nourrir l’enfant de Lucifer, Tétin, boyau long d’une gaule, Tétasse à jecter sur l’espaule, Quand on te voit, il vient à mainctz Une envie dedans les mains De te prendre avec les gans doubles Pour en donner cinq ou six couples De soufflez sur le nez de celle Qui te cache soubz son esselle ! Va, grand vilain tétin puant, Tu fournirois bien, en suant, De civettes et de parfuns Pour faire cent mille deffunctz ! Tétin de laydeur despiteuse, Tétin dont nature est honteuse, Tétin des villains le plus brave, Tétin dont le bout tousjours bave, Tétin faict de poix et de glux ! Bren, ma plume, n’en parlez plus. Laissez-le là, ventre sainct George, Vous me fairiez rendre ma gorge.
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