Poème
La Fourmi du Pharaon
par Claudius POPELIN
Chéops, le Pharaon de la terre d’Isis, L’initié royal des prêtres de Memphis, Obéi du Delta jusqu’à la Thébaïde, Au plateau de Giseh dressait sa pyramide. Sous ses yeux tout un peuple, en face du Sahel, Sur le corps d’Osiris élevait jusqu’au Ciel Le Géant protecteur des plaines memphitiques, Le Vainqueur, enchaînant clans les déserts Libyques, Typhon, du divin Nil implacable ennemi. Chéops vit à ses pieds passer une fourmi. Vaillante, elle allait droit dans sa course pénible Traînant son lourd fardeau, monolithe invisible. Le Pharaon lui dit : « Pauvre insecte, où vas-tu ? — Je viens, ô Roi, » fit-elle, « apporter ce fétu. C’est le tribut que j’offre à l’œuvre universelle. » Chéops ne voulut pas mettre le pied sur elle. Honneur qu’il n’eut point fait au Sphinx Abou-l-Houla, Le Prince aimé de Phta se mit à genoux là ! Le Pharaon sacré, nourri du grand mystère, Devant l’humble fourmi, se courbant jusqu’à terre. Afin qu’elle passât, déblaya de la main Tout ce qui lui restait à faire de chemin. L’artiste, ainsi que fit l’insecte de la fable, Au grand effort commun apporte un grain de sable ; Mais son pas chancelant veut être raffermi. O puissants de ce monde, aidez à la fourmi !
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