Poème
Partis !
par Eugène MANUEL
Pendant la guerre — Après la guerre
Ils sont partis. La dette effroyable est soldée. O vous qui, les derniers, avez subi leur loi, Ne vous dégradez point : votre rage fondée Saura se réserver pour un meilleur emploi. « Partis ! » ce cri suffit à toute âme française. Vous pouvez le pousser à la face de Dieu, Et n’avez pas besoin, pour respirer à l’aise, D’en commenter le sens dans un brutal adieu ! Toute ivresse irait mal à cette délivrance. Vos chants seraient cruels, et vous devez songer Qu’ils pourraient les entendre, à deux pas de la France. Ceux qui ne peuvent plus, hélas ! les partager ! Oh! ne permettez rien qui ne soit digne d’elle; De vos émotions elle a sa large part, Mais non pour se donner, dans sa douleur fidèle, Le stérile plaisir d’insulter au départ. Il faut un bonheur grave après l’épreuve austère : L’oubli serait honteux, l’orgueil serait suspect. Parlez un tel langage, en baisant cette terre, Que le vainqueur lui-même en garde du respect. Joie ou deuil, notre cœur doit contraindre ses haines Après ces grands revers, il reste un autre soin. Silence ! — Ni chansons, ni paroles hautaines : Car hier est trop près, — et demain est trop loin!
Connectez-vous pour laisser un commentaire.