Poème
Rentrez chez vous
par Eugène MANUEL
Pendant la guerre — Après la guerre
1er mars 1871. À mon ami Emm. des Essarts Encor lutter ? Mourir encore ? A quoi bon ? Nous sommes vaincus! Du pain même, il n’en reste plus : Est-ce du pain, ce qu’on dévore ? Sauvons ces spectres amaigris; Pâle faim, c’est toi qui l’emportes ! L’Allemand viendra dans Paris : Rentrez chez vous, fermez vos portes ! Qu’à leurs yeux le spectacle offert Prenne à la mort sa ressemblance! Qu’ils chevauchent dans le désert Et qu’ils visitent le silence! Il faut subir le joug honteux, Quand les épreuves sont trop fortes. Faisons le vide devant eux : Rentrez chez vous, fermez vos portes ! Malheureux! Si nous avions pu!... Si nous avions voulu peut-être!... Jadis... Mais le charme est rompu. Pendez un crêpe à la fenêtre. Qu’il soit effrayant, ce repos, Pendant que glissent leurs cohortes ! Surtout cachons bien nos drapeaux. Rentrez chez vous, fermez vos portes ! Ayant la force, ils ont le droit. Ils voudraient, traversant nos places, Lire la détresse et le froid Dans nos regards et sur nos faces. Déjà je les entends là-bas... Pour nos âmes, un instant mortes, Qu’un jour pareil ne compte pas ! Rentrons chez nous, fermons nos portes !
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