Poème
Samson
par Eugène MANUEL
Pendant la guerre — Après la guerre
Février 1811. À mon ami Sully-Prudhomme Tel qu’autrefois Samson, cher pays, te voilà Les poings liés, le dos voûté, la tête rase. Tu rugis désarmé sous le pied qui t’écrase, Et la Prusse te raille, horrible Dalila ! Tes muscles sont sans force, et ta rage débile Mord la corde enroulée à ton robuste flanc. Strasbourg et Metz n’ont plus que des larmes de sang, Comme deux yeux crevés sur ta face immobile. Le fer a fait tomber, cruel et sans remords, L’Alsace, ta puissante et blonde chevelure ; Et, tandis que ton front se courbe sous l’injure, Les Philistins ont dit : « Nous sommes les plus forts. » Pour payer ta rançon, tourne ta meule et sue! Reponds au rire épais par un gémissement ! Bois ta honte à longs traits, et nourris sourdement Ta colère, à qui Dieu saura faire une issue. Patience! Ton cœur, d’où déborde l’affront, Prépare sa vengeance et médite un exemple. Dagon verra crouler, les piliers de son temple; Patience, vaincu : tes cheveux pousseront!
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