Poème
Symboles (Cycle)
par Auguste BRIZEUX
J’ai vu les légères colombes Dans nos lacs se baigner, soupirer dans nos bois, Et lisser leur plumage argenté sur les tombes. J’ai vu les noirs corbeaux de leurs lugubres voix Effrayer la montagne et sur les pourritures Hideusement chercher leurs infectes pâtures ; Puis un être chagrin, sombre ennemi du beau, À la face blêmie, à l’œil bilieux et triste, Admirait l’animal dévorant ; à la piste Il semblait tout au loin flairer quelque lambeau. « Ô colombes ! laissez son horreur au tombeau ! Criait-il, par la mort et l’effroi l’homme existe. » Un latin avait dit, sage et riant artiste : « On blâme la colombe, on pardonne au corbeau. » II Quand ton corps s’étendra dans la couche de terre Sans chaleur, sans couleur, forme sans mouvement, Le corbeau, ton ami, lentement, lentement, De loin arrivera vers toi, parleur austère ; Tu l’entendras, perché sur l’if du cimetière, Emplir le lieu bénit de son croassement, Horreur ! et sur ton lit s’ébattre bruyamment, Et son bec dur sonner sur l’argile et la pierre… Toi qui portes toujours le rameau d’olivier, Colombe, viens alors vers ton censeur morose : Le fiel ne pèse pas dans ton cœur un gravier. Que sur son tertre en fleur ton aile se repose, Puis viens en roucoulant boire à son bénitier, Légère colombe au pied rose !
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