Poème
Berceuse
par Eugène MANUEL
À Mon Neveu Armand O cher enfant que l’on caresse, Tu n’es plus seul : tu le sauras! Lorsque ta mère entre ses bras Mollement te berce et te presse ; Quand, las de sourire avec, nous, Tu vas chercher sur ses genoux Les songes d’un sommeil paisible, Ne sens-tu pas, dans l’ombre encor, À ton côté, mais invisible, Un frêle compagnon qui dort? Ne sens-tu pas, secousse étrange, Ainsi qu’en un monde voisin, Tout près de toi, contre ce sein, Tressaillir, frère ou sœur, un ange? Poème secret et vivant, Où tu lis, sans doute, en rêvant, Mais que les mots ne sauraient rendre ! Dis-moi quel est cet entretien Que vos âmes peuvent reprendre, Durant ton sommeil et le sien! Au même sein qui vous rassemble, O petits êtres endormis, J’admire que Dieu vous ait mis Si près et si loin tout ensemble ! Riant et sublime aparté, Mystérieuse parenté, Qu’un rien sépare, et qui vous lie, L’un au grand jour, l’autre à l’écart ; Mais ce rien même, c’est la vie : Un souffle, un murmure, un regard !
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