Poème
Chanson de geste
par Eugène MANUEL
Sur le vélin d’un vieux livre, Poudreux roman du passé, Des yeux noirs qui me font vivre Deux larmes avaient glissé. Je relus toute la page Et je pleurai malgré moi : C’étaient les adieux d’un page A sa maîtresse en émoi. Pauvre messager fidèle, Troublé d’un pressentiment, Il allait mourir loin d’elle, Et l’annonçait simplement. Déjà, masquant son visage, Veillait le rival félon, Qui le guettait au passage, Posté dans l’étroit vallon; Et déjà la fleur mystique Que l’enfant pâle, en mourant, Cueillera pour viatique, Ouvrait son limbe odorant. Heureux livre, qui fais naître, Par tes chants fleuronnés d’or, Un charme qui nous pénètre Après cinq siècles encor ! Heureux auteur, qui peux dire, Bravant le temps oublieux : « Deux beaux yeux ont su me lire! J’ai fait pleurer deux beaux yeux! » Heureux destin que j’envie ! Je ne veux, dans l’univers, Qu’un cœur pour bercer ma vie, Deux yeux pour lire mes vers !
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