Poème
La maison
par Eugène MANUEL
(Imité du Saxon Adlhem.) À . H . Taine Connais-tu la maison basse Où tu logeras un jour? On a mesuré l’espace : L’herbe y foisonne alentour. Elle n’a point de fenêtre ; C’est un logis assez noir; Au dedans, l’on n’y peut voir; Au large nul n’y peut être. Les côtés en sont étroits. L’un et l’autre bras y touche : De bois blanc sont les parois, Sur le bois blanc l’on se couche. Quand on posera ton front Sous le toit qui la domine, Tu sentiras le plafond Appuyer sur ta poitrine. L’air y manque, et cependant Jamais, accusant son gîte, L’être pâle qui l’habite Ne se plaint en descendant. On la place en un lieu grave, Dans une blanche cité, Où l’on s’arrange une cave Pour toute l’éternité. Elle a, si le bruit te pèse, Un silence sans pareil. Veux-tu dormir à ton aise? Rien n’y trouble le sommeil. Il y fait froid, l’été même, Oh! bien froid, quand vient la nuit, Et nul être ne t’y suit, T’aimât-il d’amour extrême. Tes amis, le chapeau bas Viendront pour te faire escorte; Mais les plus chers n’iront pas Plus loin que la sombre porte. Elle s’ouvre devant eux, Béante dans l’herbe verte ; Quelques pleurs servent d’adieux ; On la ferme, à peine ouverte. De la terre par-dessus, De tous les côtés la terre ; Et puis, il ne reste plus Rien de toi, — qu’un grand mystère !
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