Poème
La voix de Suzanne
par Eugène MANUEL
À Mademoiselle Suzanne Reichenberg En souvenir du rôle d’Hélène dans Les Ouvriers. Parlez, Suzanne, parlez vite! Heureux déjà quand je vous vois, Pour la musique où je m’invite J’attends le son de votre voix. C’est un charme que de l’entendre ! Elle a la fraîcheur du matin ; Comme les bourgeons elle est tendre, Et lisse comme le satin; Elle est plus jeune que l’aurore, Plus souple que le jonc fleuri, Plus éthérée et plus sonore Que le gosier du colibri; Le chanvre n’a point dans sa tige Fil plus menu pour les fuseaux ; La libellule qui voltige Est moins légère au bord des eaux; Elle est d’un cristal si limpide Que votre âme luit au travers; Et par vous la prose insipide Chante mieux que les plus beaux vers; Elle a le franc rire, et la plainte, Et le gazouillement ailé, Et la note amoureuse, éteinte Comme un clair de lune voilé; C’est un soupir, une caresse, Un fier et pudique abandon : Elle a la joie, et la tendresse, Et le dépit, et le pardon! Je ne crois pas que, dans la nue Où leur rêve idéal glissait, Jamais lèvre plus ingénue Ait ravi Molière ou Musset! Salut, Cécile, et toi, Rosette ! Salut, Agnès aux yeux si doux! Vous leur avez prêté, Suzette, Je ne sais quoi, — qui vient de vous ! A ces noms charmants, dont la scène Eternise la fiction, Joindre tout bas celui... d’Hélène, N’est-ce pas trop d’ambition ? Versez-nous longtemps, goutte à goutte, Ce miel pur que vous distillez! Parlez encore : on vous écoute; Parlez-nous, Suzanne ! — Parlez !
Connectez-vous pour laisser un commentaire.