Poème
Le coupé
par Eugène MANUEL
Un blanc profil de femme, au fond d’un coupé noir, Malgré moi, sur ma route, a troublé ma pensée. Pourtant mes yeux n’ont eu qu’un éclair pour la voir, Mais la voir pâle et belle, et dans l’ombre affaissée. Le dédain, plus navrant que n’est le désespoir, Se trahissait aux coins de sa lèvre plissée ; Elle se dérobait comme une âme blessée, Qui cherche le désert, le silence et le soir. Elle avait disparu : mon rêve l’a suivie. Un instant, cette vie a compté dans ma vie; Et je te plains, ô froid raisonneur, qui souris Qu’on puisse ainsi garder une flèche dans l’âme, Pour avoir entrevu, dans un coin de Paris, Au fond d’un coupé noir, un blanc profil de femme! X
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