Poème
Le rosier
par Eugène MANUEL
Il a vécu sur Un tombeau; Le rosier fleuri que j’arrose : Le mystère du froid caveau S’épanouit dans chaque rose! Sur le tombeau d’un pauvre enfant, D’un pauvre enfant qui fut mon frfcr Il avait ses fleurs à tout vent, Et ses racines dans la bière. Un simple marbre a tout couvert; Le buis n’y vient plus en bordure ; Le thuya, l’arbre toujours vert, N’ombrage plus la sépulture ; Le deuil a parfois son dédain : On a proscrit tout ce qui tombe, Et j’ai planté dans mon jardin L’humble rosier, fils delà tombe! Parmi les autres confondu, Nul regard ne peut le connaître ; Dans la corbeille il est perdu : Seul, je le vois de ma fenêtre; Et j’hésite en le comparant : Mêmes parfums et même tige; Sur sa corolle, indifférent, Le papillon plane et voltige ; Son feuillage est aussi léger, Sa fleur n’est pas plus tôt flétrie ; Rien ne trahit, pour l’étranger, La première et sombre patrie ! Mais souvent, au déclin du jour, Quand la foi rêve, ou bien le doute, Seul, je m’approche avec amour, Je l’interroge et je l’écoute; Alors, je le vois frissonner Au souvenir que je réveille ; Chaque rameau semble incliner Vers ma lèvre sa fleur vermeille; Il me parle du cher blondin, Endormi dans la paix profonde, Et fait passer dans mon jardin Comme un souffle de l’autre monde !
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