Poème
Le verset
par Eugène MANUEL
Dans le livre où revit la Loi, Aux premiers jours de mon enfance, Ma grand’mère choisit pour moi Un court verset formant sentence. Je devais grandir plus heureux, Si je le gravais dans mon âme : Ce vieil usage des Hébreux, Elle y tenait, la sainte femme ! C’étaient, pour un enfant soumis, Des mots valant une amulette ; Les yeux déjà sont endormis, Mais l’esprit veille et les répète.... Comme un refrain mystérieux Où la foi parle tout entière, Dans tous les temps, dans tous les lieux, Ils me serviraient de prière. Quand je sus bégayer des sons Qui la ravissaient en extase, A ses pieds prenant mes leçons, Je récitai la simple phrase. Elle disait : « Dieu juge bien; Son bras atteindra le perfide ; Mais l’humble cœur l’a pour soutien ! » Le texte est encor plus rapide. Jusque dans ses derniers moments : « Dis-le toujours, murmurait-elle. Ces versets sont des talismans Pour gagner la vie immortelle ! « Dans le doute et dans le chagrin, A l’heure où l’homme a besoin d’aide, Ils sont un baume souverain : Enfant, souviens-toi du remède! » Je la crus. J’aime à respecter, Sans orgueil comme sans faiblesse, Ne les voulant pas discuter, Les croyances de la vieillesse ! Depuis, et je n’en rougis pas, Fidèle à sa douce chimère, J’ai souvent murmuré tout bas L’humble verset de ma grand’mère. Sur mes lèvres parfois, le soir, Lorsque je sens mes yeux se clore, Les mots viennent sans le vouloir : Chère âme, j’obéis encore! Et je dois un calme infini A la leçon si bien apprise; La main qui jadis m’a béni, Je la sens sur ma tempe grise; La maxime qui me défend, Moi si fier d’un peu de science, Je la redis comme un enfant, Avec la même confiance ! Elle me rend, comme autrefois, Tous les chers souvenirs que j’aime, L’aïeule avec sa tendre voix, Mon innocence, — et ma foi même. Ce que je veux, Dieu le sait bien! Prions-le : la forme n’importe ! Le cœur est tout, le mot n’est rien, Pour nous ouvrir la sainte porte!
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