Poème
Les trois blessures
par Eugène MANUEL
I La vie, en passant, m’a fait trois blessures. Dans ce court trajet plein de longs combats, Le rire est douteux, les larmes sont sûres ! La vie, en passant, m’a fait trois blessures, Sans compter les deuils qu’on ne guérit pas ! L’amour, au début, m’avait troublé l’âme, Et j’en adorais les acres tourments; C’était bien son dard, sa plaie et sa flamme! L’amour, au début, m’avait troublé l’âme, Et j’avais pitié de tous les amants. La gloire, à son tour, sourit à mon rêve, Et vint m’éblouir d’un rapide éclair. Vous savez comment l’histoire s’achève ! La gloire, à son tour, sourit à mon rêve. Même aux yeux déçus son fantôme est cher! L’amitié survint, plus grave et plus tendre; Elle a des douceurs qu’on savoure en paix. A défaut d’amour, j’aimais à l’entendre. L’amitié survint, plus grave et plus tendre, Pour panser le mal dont je réchappais ! L’amour n’a laissé qu’un point rouge à peine, Entaille légère et qu’il faut bénir ! Blonde chevelure ou boucles d’ébène, L’amour n’a laissé qu’un point rouge à peine : Je peux appuyer sur le souvenir. J’ai trouvé, plus tard, la gloire infidèle, Et perdu l’orgueil en perdant l’espoir : Mais je puis railler, quand on parle d’elle! J’ai trouvé, plus tard, la gloire infidèle, Et son abandon n’a pu m’émouvoir. L’amitié qui ment m’a fait sa blessure, Et mon cœur trahi souffre sans recours. C’est là l’incurable et lâche morsure ! L’amitié qui ment m’a fait sa blessure : Seule, elle est ouverte, — et saigne toujours !
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