Poème
Médaillons
par Eugène MANUEL
Je confie à ces vers une part de moi-même, Afin de la laisser, quelque jour, à qui m’aime. O lecteur curieux des longs enchantements, Qui veux des passions, des cris et des tourments, D’un poème nouveau la savante imposture, Ou le concert des voix de toute la nature : Referme ce volume, où la joie et les pleurs Prennent, pour se montrer, de discrètes couleurs. La Muse du foyer, que je garde sans tache, Y lève à peine un coin du voile qui la cache. Jouet capricieux d’un démon familier, Je suis peintre à mon heure, et n’ai point d’atelier. Ne me demande pas de ces toiles vantées, Aux combats de l’enchère à prix d’or disputées ! Il est des médaillons, il est d’humbles portraits Qui disent nos bonheurs, nos deuils et nos regrets : Aux êtres qu’on aimait consacrant cet hommage, Un pinceau délicat y fixa leur image, Douce et vague peinture, aux teintes sans vigueur, Qu’un mince ruban noir retient tout près du cœur, Pour l’œil indifférent pâle ébauche sans charmes, Mais qu’on regarde seul, et qui tire des larmes ! V
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