Poème
Naïveté
par Eugène MANUEL
Ma mère, un jour, me dit : « Ami, quand viendra l’âge Où tu seras plus grand, plus libre et plus savant, Dis qu’avec moi ton cœur ne sera pas volage, Et que vous m’aimerez encor, méchant enfant! Dis-moi, répète-moi que ces chères caresses Je ne les perdrai pas, quand vous aurez vingt ans; Que ta tendresse, en lutte avec d’autres tendresses, Ne fondra pas, ainsi la neige au printemps ! Oh ! ne fais pas de moi la vieille délaissée Qu’on oublie au milieu des jeunes entretiens ! Oh! partageons toujours, dans la même pensée, Toi, mes pauvres secrets, mon fils, et moi les tiens! » Moi, j’étais jeune alors, ignorant et candide, Et je lui dis : « Peux-tu douter ainsi de moi? N’es-tu pas à jamais mon bon ange et mon guide? Qui donc pourra venir que j’aime plus que toi? Est-il plus doux regards que je doive connaître? Un souris sur le tien pourra-t-il l’emporter? Comment un autre amour dans mon cœur peut-il naître ? Je n’y sens qu’une place, et tu dois y rester ! Non, je ne comprends pas tes paroles amères, Et d’autres que souvent tu murmures tout bas. Mère, se pourrait-il que j’eusse un jour deux mères ? » Pensive, elle sourit, et ne répondit pas.
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