Poème
Solitude
par Eugène MANUEL
Je n’ai jamais cherché ce morne isolement Dont la loi rigoureuse a fait un châtiment. Me préserve le ciel des portes toujours closes ! Je ne fuis pas ainsi les hommes.et les choses; Et l’orgueilleux qui dit : « Il est bon d’être seul! » Lui-même lentement coud son triste linceul. J’aime une solitude,apparente et peuplée, Où mon âme. soit libre, et non pas exilée, Où je sente partout, invisible à moitié, Présent l’amour, présente avec lui l’amitié. J’écris dans mon jardin : sous une main furtive Une fenêtre s’ouvre, un sourire m’arrive; Puis le rideau tiré retombe doucement, Et mon cœur reste ému d’un long enchantement. Je reprends mon travail, sans peur que l’on m’oublie : J’étais seul, mais je sais ma demeure remplie. Merci, jeune compagne, active sous mon toit! Le silence me plaît interrompu par toi. Les moineaux effrontés qui retournent au gîte, Dans le lierre voisin le merle qui s’agite, Le bruit lointain d’enfants jouant sur le pavé, Ou le vol de l’abeille un instant observé, Non, c’est trop peu pour moi. Mais que l’âme est charmée Quand la voix d’une mère oii d’une femme aimée Murmure un mot, s’éloigne, et se tait tout à coup ! Un geste, un frôlement, un regard, et c’est tout : Mais tu sens que ton cœur n’était pas solitaire; Qu’il trouve à qui parler, s’il est las de se taire; Que derrière ce mur, cette porte, à trois pas, Sont des êtres bénis qui ne te. quittent pas. Ce léger bruit qu’ils, font; c’est. L’amour, c’estla vie, C’est, toute leur pensée à la< tienne ass.ervie,, La voix qui tant de fois déjà te consola, Le bonheur qui se cache, en disant: 3 Je suis là! »
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