Poème 'Le testament de l’initié' de Rudyard KIPLING

Le testament de l’initié

Rudyard KIPLING

Je ne suis qu’un homme parmi les hommes,
Mais j’ai répondu sous le bandeau et j’ai gravi les trois marches.
J’ai vu l’étoile flamboyante, j’ai fait le signe.
Je suis un maillon de la Chaîne ! La Chaîne est longue.

Elle remonte jusqu’au siècle d’Hiram, et peut-être plus loin encore.
On trouve notre signe sur les pierres dans les déserts de sable sous le ciel pur de l’Orient, dans ces plaines où s’élevaient les temples colossaux, poèmes purs de la puissance et de la gloire.

On trouve notre signe sur les papyrus que l’âge a teinté d’ocre, sur les feuilles où le calame a tracé les phrases les plus belles qu’un être ait pu lire.
On trouve notre signe sur les hautes cathédrales aux sommets sublimes aérés par les vents des siècles.
On trouve notre signe jusque sur les conquêtes de l’esprit qui font l’humanité meilleure, sur la partition de Mozart, sur la page de Goethe, le livre de Condorcet, les notes d’Arago.

Et pourtant, je ne suis qu’un homme parmi les hommes, un homme sans orgueil, heureux de servir à sa place, à son rang, je ne suis qu’un maillon de la Chaîne, mais je me relie à l’Univers dans l’espace et dans le temps.

Je ne vis qu’un instant, mais je rejoins l’Eternel.
Ma foi ne saurait faire couler le sang, je ne hais point, je ne sais point haïr.
Je pardonne au méchant parce qu’il est aveugle, parce qu’il porte encore le bandeau, mais je veux l’empêcher de mal faire, de détruire et de salir.

A ma place, debout et à l’ordre, j’ai travaillé de mon mieux.
Dans toutes les heures de la vie, mon coeur est demeuré fidèle.
Je me suis dépouillé des métaux, j’ai combattu jusqu’à la limite de mes forces le fanatisme et la misère, la sottise et le mensonge.

Je ne crains rien, pas même ce sommeil que l’on appelle la mort.
J’espère supporter la souffrance avec l’aide des miens, je saurai subir ce qui doit être subit parce que c’est la loi commune.

J’aurais dégrossi la pierre, accompli ma tâche en bon ouvrier par l’équerre et le compas

Quand je partirai, formez la Chaîne.
Rien ne sera perdu de ce qui fut donné. Je resterai toujours parmi vous car je vous laisserai le meilleur de moi-même, oh fils de la Lumière, mes Frères.

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Commentaires

  1. Ils se sont assemblés, tous frères, fils d'Adam,
    Pour bâtir une tour s'élevant de la terre
    Jusqu'au plus haut des cieux, quittant notre atmosphère
    Et dépassant la lune, et le soleil ardent.

    Le créateur du monde a jugé, cependant,
    Que cette initiative avait tout pour déplaire,
    Et que d'y mettre un terme il serait nécessaire :
    Projet mégalomane, abusif, imprudent.

    Il s'en va consulter Lucifer le subtil.
    « Que ferons-nous, voisin, le sollicite-t-il,
    Comment mettrons-nous fin à cette oeuvre perverse ? »

    Le démon dit alors : « Pour que, de ces gredins,
    Le prodigieux chantier tourne en eau de boudin,
    Tu les feras parler en des langues diverses. »

  2. Le poème "Le Testament de l'initié", bien que magnifique et profond, ne semble pas avoir été écrit par Rudyard Kipling.
    D'ailleurs qui peut retrouver la trace de la version originale en anglais ?

  3. Il semble, en effet, que non.

    Consulter, par exemple,

    https://www.poetryloverspage.com/poets/kipling/kipling_ind.html

    et l'on n'y trouve rien de tel.

  4. J'ai apprécié.
    Mon regret : ne plus pouvoir côtoyer le phare !!!
    TB frat.

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Rudyard KIPLING

Portait de Rudyard KIPLING

Rudyard Kipling (Bombay, Inde britannique, le 30 décembre 1865 – Londres, le 18 janvier 1936) est un écrivain britannique. Ses ouvrages pour la jeunesse ont connu dès leur parution un succès qui ne s’est jamais démenti, notamment « Le Livre de la jungle » (1894), « Le Second Livre de la... [Lire la suite]

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