Poème
A celluy qui l'injuria par escript et ne s'osa nommer
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Quiconques soys, tant soys tu brave, Qui ton orde, et puante bave Contre moy a esté crachant, Tu es Sot, Craintif, et Meschant. Ta Sottie on voyt bien parfaicte En l’Epistre, que tu as faicte Sans art, et sans aulcun sçavoir : Toutesfoys tu cuydes avoir Chanté en Rossignol ramage : Mais ung Corbeau de noir plumage, Ou ung grand Asne d’Arcadie Feroit plus doulce melodie. Et pour venir au demourant, Tu crains fort, ô pauvre ignorant, Tu crains, qu’envers toy je m’allume, Tu crains la fureur de ma Plume. Pourquoy crains tu ? Il fault bien dire, Qu’en toy y a fort à redire : Car il est certain, si tu fusses Homme de bien, et que tu n’eusses Quelcque marque, ou maulvais renom, Tu ne craindrois dire ton nom. Quant est de ta meschanceté, Elle vient de grand lascheté D’injurier celluy, qui oncques Ne te feit offense quelconques : Et quand je t’auroys faict offense, Es tu de si peu de deffense, Si couard, et si baboyn, De n’oser parler que de loing ? L’epistre venue de moy Pour femme, qui vault mieulx que toy, N’est aultre cas que une risée, Ou personne n’est desprisée. Mais toy lourdault mal entendu En ta response m’as rendu Pour une risée une injure. Si je te congnoissois (j’en jure) Tu sentirois, si mes Lardons Ressemblent Roses, ou Chardons.
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