Poème
A ceulx qui apres l'epigramme du beau Tetin en feirent d'aultres
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Nobles Espritz de France Poëtiques, Nouveaux Phebus surpassans les Antiques, Grâces vous rendz, dont avez imité Non ung Tetin beau par extremité, Mais ung Blason, que je feis de bon zelle Sur le Tetin d’une humble Damoiselle. En me suivant vous avez blasonné : Dont haultement je me sens guerdonné. L’un de sa part, la Chevelure blonde : L’aultre le Cueur : l’aultre la Cuisse ronde : L’aultre la Main descripte proprement : L’aultre un bel Œil deschiffré doctement : L’autre ung Esprit, cherchant les Cieulx ouvers : L’aultre la Bouche, où sont plusieurs beaulx Vers : L’autre une Larme ; et l’aultre a faict l’Oreille : L’aultre ung Sourcil de beaulté non pareille, C’est tout cela qu’en ay peu recouvrer : Et si bien tous y avez sceu ouvrer, Qu’il n’y a cil, qui pour vray ne desserve Ung Pris à part de la main de Minerve : Mais du Sourcil la beaulté bien chantée A tellement nostre Court contentée, Qu’à son Autheur nostre Princesse donne Pour ceste fois de Laurier la Couronne : Et m’y consens, qui point ne le congnois, Fors qu’on m’a dit, que c’est un Lyonnais. O Sainct Gelais creature gentile, Dont le sçavoir, dont l’Esprit, dont le stile, Et dont le tout rend la France honnorée, A quoy tient il, que ta Plume dorée N’a faict le sien ? ce maulvais vent, qui court, T’auroit il bien poulsé hors de la Court ? O Roy Francoys, tant qu’il te plaira perds le, Mais si le perd tu perdras une Perle (Sans les susdictz Blasonneurs blasonner) Que l’Orient ne te sçauroit donner. Or chers Amys, par maniere de rire Il m’est venu voulenté de descrire A contre poil ung Tetin, que j’envoye Vers vous, affin que suiviez ceste voye Je l’eusse painct plus laid cinquante fois, Si l’eusse peu : tel qu’il est toutesfois, Protester veulx, affin d’eviter noise, Que ce n’est point ung Tetin de Françoyse, Et que voulu n’ay la bride lascher A mes propos, pour les Dames fascher : Mais voulentiers, qui l’Esprit exercite, Ores le Blanc, ores le Noir recite : Et est le Painctre indigne de louange, Qui ne sçait paindre aussi bien Diable, qu’Ange. Après la course il fault tirer la Barre : Apres Bemol il fault chanter Becarre. Là donc, Amys, celles, qu’avez louées, Mieulx, qu’on n’a dict, sont de beaulté douées : Parquoy n’entends, que vous vous desdiez Des beaulx Blasons à elles desdiez : Ains que chascun le Rebours chanter vueille, Pour leur donner encores plus grand fueille : Car vous sçavez qu’a Gorge blanche, et grasse, Le Cordon noir n’a point maulvaise grâce. Là doncq, là doncq, poulsez, faictes merveilles : A beaulx Cheveux, et à belles Oreilles, Faictes les moy les plus laidz, que l’on puisse : Pochez cest Œil : fessez moy ceste Cuisse : Descrivez moy en stile espoventable Ung Sourcil gris : une Main detestable : Sus, à ce Cueur, qu’il me soit pelaudé, Mieulx que ne fut le premier collaudé : A ceste Larme, et pour bien estre escripte, Deschiffrez moy celle d’ung hipocrite : Quant à l’Esprit, paignez moy une Souche : Et d’ung Toreau le Mufle, pour la Bouche. Brief, faictes les si horribles à veoir, Que le grand Diable en puisse horreur avoir : Mais je vous prie, que chascun Blasonneur Veuille garder en ses Escriptz honneur : Arriere motz, qui sonnent sallement, Parlons aussi des membres seulement, Que l’on peult veoir sans honte descouvers, Et des honteux ne soillons point noz Vers : Car quel besoing est il mettre en lumiere Ce, qu’est Nature à cacher coustumiere ? Ainsi fairez pour à tous agreer, Et pour le Roy mesmement recreer Au soing qu’il a de Guerre jà tissue, Dont Dieu luy doint victorieuse issue : Et pour le Pris, qui mieulx faire sçaura, De verd Lierre une Couronne aura, Et ung Disain de Muse Marotine, Qui chantera sa louange condigne.
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