Poème
À travers champs
par Eugène MANUEL
Carnet de voyage. Je viens de voyager, ce soir, de Sens à Troyes. J’aime fort la lenteur de ces petites voies, Où les trains, qu’un express n’a jamais tamponnés, Au terme de leur course abordent étonnés ; Où des hameaux perdus ont leur gare naissante ; Où calme, et modérant son haleine puissante, La vapeur est bonasse à tous ces paysans, Et prolonge pour eux ses arrêts complaisants! Elle craint d’effrayer leurs moutons et leurs vaches : Les wagons endormis ont des airs de pataches ! Si quelque lézard fuit près de nous, je le vois ; La pervenche, en pleins rails, pousse entre deux convois ; Dans le buisson qui vient me frôler j’herborise ; Si je cueillais, d’un doigt léger, cette cerise?... Sur le rameau voisin j’admire un papillon; Je puis causer avec l’invisible grillon! La route, à travers champs, s’attarde en pleine étoffe. Ah! le riant trajet pour un vieux philosophe, Qui se plaît au loisir, qui s’oublie à rêver, Et ne craint, — quand il est parti, — que d’arriver !
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