Poème
A une jeune dame laquelle ung vieillard marié vouloit espouser et decevoir
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Non pour vouloir de rien vous requerir, Non pour plus fort vostre grâce acquerir, Non pour distraire aulcune vostre emprinse J’ay le Papier, L’encre, et la Plume prise, Et devers vous ce mien Escript transmis : Mais pour aultant qu’il affiert aux Amys, Et Serviteurs, jamais ne celer rien. A leurs aymez, soit de mal, ou de bien, J’ay bien voulu vous escrire (ma Dame) Chose, qui n’est en congnoissance d’âme, Fors que de moy. Et de vous n’est point sceue : Parquoy pourriez en fin estre deceue : Et je ne veulx vous laisser decepvoir, Tant que mon œil pourra l’apercevoir. Or est ainsi, que me trouvay au lieu, Ou j’esperoys vous pouvoir dire Adieu, Triste devins, saichant vostre haultesse Desjà partie. Et adoncques l’Hostesse Me va monstrer Lettres de vostre main, Là où teniez propos doulx, et humain A ung Vieillard, à qui vous les transmistes. Lors à mon cueur soubdainement vous mistes Deux pensemens, voyant vostre jeune aage Favoriser ung si vieil personnage. Mon pensement premier au cueur me dit, Que par Amour il n’a vers vous credit, Car je sçay bien, que Venus jeune, et coincte, Du vieil Saturne en nul temps ne s’accoincte. Mon pensement second me fit comprendre, Que pour Espoux le pourriez vouloir prendre : Et ne veulx pas de ce vous divertir, Mais je veulx bien au vray vous advertir, Que (long temps a) il fut mis soubz le jou De Mariage, au bas pays d’Anjou, Et est encor. Si voulez (toutesfois) Il s’y mettra pour la seconde foys : Combien pourtant, que bien foible me semble Pour labourer à deux terres ensemble. Donc si voulez vostre blonde jeunesse Joindre, et lyer à sa Grise viellesse, Il sera bon vous enquerir avant, Si j’ay parlé du cas comme sçavant, En ceste Epistre assez mal composée, Vous suppliant l’avoir pour excusée, Si elle n’est en termes elegans : Et recepvoir vueillez aussi les Gans, Que de bon cueur vous transmectz pour l’Estraine De l’An present. La chose est bien certaine, Que voz deux mains tant blanches de nature Meritent bien plus digne couverture : Mais s’ilz ne sont à voz mains comparez, Du bon du cueur (pour le moins) les aurez. Ainsi rendray mon propos accomply En cest endroict. Et avant vous supply, Si rencontrez rien dur en cest Epistre, De l’oublier, et n’en tenir registre : Car bien à tord vouldroit l’homme desplaire, (S’il n’est trop fainct) qui mect peine à complaire.
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