Poème
Au chancelier du Prat, nouvellement cardinal
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Si Officiers en l’Estat seurement Sont tous couchez, fors le pauvre Clement, Qui comme une Arbre est debout demouré, Qu’en dictes vous Prelat trehonnoré ? Doibt son malheur estre estimé offense ? Je croy que non. Et dy pour ma deffense, Si ung Pasteur, qui a fermé son parc Trouve de nuict loing cinq, ou six traictz d’Arc, Une Brebis des siennes esgarée, Tant qu’il soit jour, et la nuict separée, En quelcque lieu la doibt loger, et paistre : Ainsi a faict nostre bon Roy, et Maistre, Me voiant loing de l’Estat jà fermé (Jusques au jour, qu’il sera deffermé) Ce temps pendant, à pasturer m’ordonne, Et pour trouver plus d’Herbe franche, et bonne, M’a adressé au pré mieulx florissant De son Royaulme ample, large, et puissant. Là (sans argent) je rimaille, et compose, Et quand suis las, sur ce Pré me repose, Là où la Trefle en sa verdeur se tient, Et où le Lys en vigueur se maintient : Là je m’attends, là mon espoir je fiche, Car si scellez mon Acquict, je suis riche. Raison me dict (puis que le Roy l’entend) Que le ferez. Mon espoir, qui attend, Me dit apres (pour replique finale) Que de la grand dignité Cardinale Me sentiray. Car ainsi que les Roys De nouveau mis en leurs nobles arroys, Mettent dehors en pleine delivrance Les Prisonniers vivans en esperance : Ainsi j’espere, et croy certainement, Qu’à ce beau rouge, et digne advenement, Vous me mettrez (sans difference aulcune) Hors des Prisons de faulte de pecune. Puis qu’en ce donc tous aultres precellez, Je vous supply (tresnoble Pré) scellez Le mien Acquit : pourquoy n’est il scellé ? Le Parchemin a long, et assez Lé. Dictes (sans plus) il fault que le scellons, Scellé sera sans faire proces longs. S’on ne le veult d’adventure sceller, Je puis bien dire (en effect) que c’est L’aer, L’eau, Terre, et Feu, qui tout bon heur me celent, Consideré que tant d’aultres se scellent : Mais si je touche argent par la scellure, Je beniray des fois plus de sept L’heure, Le Chancellier, le Seau, et le Scelleur, Qui de ce bien m’auront pourchassé l’heur. C’est pour Marot, vous le congnoissez ly, Plus legier est, que Volucres Coeli, Et a suivy long temps Chancellerie, Sans proffiter rien touchant scellerie. Brief, Monseigneur, je pense que c’est là Qu’il fault seeller, si jamais on seella : Car vous sçavez, que tout Acquit sans seel, Sert beaucoup moins, qu’ung Potage sans sel, Qu’ung Arc sans corde, ou qu’ung Cheval sans selle. Si prie à Dieu, et sa tresdoulce Ancelle, Que dans cent ans en santé excellent Vous puisse veoir de mes deux yeux seellant.
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