Poème
Au Chien du logis
par Claudius POPELIN
O Tom ! joli chien blanc, vous êtes, sous les cieux, Un heureux petit être. Vous avez, pour cela, certainement, pris mieux Que la peine de naître. Dites-moi, mon ami, par quel étrange effet De la métempsycose, Entre tant d’animaux vous a-t-il été fait Un sort couleur de rose ? Étiez-vous, ici-bas, dans le vallon des pleurs, Quelque épouse navrée, Par les âpres sentiers, aux ronces des douleurs Pauvre âme déchirée ? Etiez-vous, ici-bas, quelque déshérité Des rêves d’espérance, Ou quelque amant transi, tendre cœur irrité Par trop d’indifférence ? Front inorne et délaissé qui n’a jamais senti Le souffle exquis des femmes ? Triste clavier muet où n’ont pas retenti Les amoureuses gammes ? Que Jupiter, jaloux de compenser le tort D’une première vie, A formé, cette fois, pour vous, un si beau sort Que partout on l’envie ! Car vous êtes heureux et vos destins sont doux, Beau petit chien qu’on aime, A ce point que cela doit faire des jaloux Dans le Paradis même. Sur la robe de ville et la robe de cour, Blotti sous sa main blanche, Tranquille vous dormez, et, maintes fois par jour, Vers vous son front se penche. Avant comme après tout, le malin et le soir, On vous parle à l’oreille, Et, bien souvent, on met votre fin museau noir Sur la lèvre vermeille. Ainsi vous êtes donc un être bien heureux, Tom, entre tous les vôtres, Mais ne vous gonflez pas et soyez généreux Quelque peu pour les autres. Nous ferons, à nous deux, de son charmant amour Un partage équitable ; Et vous me permettrez de venir, à mon tour, Prendre place à sa table. Vous vivrez chaudement au giron féminin Comme en un nid de mousse, Mais j’habiterai, moi, le cœur, palais divin Où l’existence est douce. C’est mon droit ; toute fleur peut, sous le ciel vermeil. Sans être trop osée, Réclamer, ici-bas, et sa part de soleil Et sa part de rosée. Puis on met simplement, selon qu’il est besoin, Les méchants à la porte, En leur recommandant d’aller apprendre au loin Comment on se comporte. Car c’est pour le Destin un simple jeu d’enfant Que briser la superbe : Il fait un passereau de l’aigle triomphant Et du chêne un brin d’herbe.
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