Poème
Aveux tardifs
par Claudius POPELIN
Je vous aimais déjà quand j’étais un enfant. Je me tenais, alors, devant vous, étouffant Un je ne savais quoi d’étrange, Quelque chose, à la fois, et d’amer et de doux ; J’aurais voulu pouvoir vous servir à genoux : Vous me faisiez l’effet d’un ange. Plus lard je vous ai vue, avec des airs vainqueurs. Dans le monde, entraînant après vous tous les cœurs, Passer triomphante et sereine ; Mais je suis demeuré sous le poids du respect, Emu, ravi, troublé, muet à votre aspect : Vous me paraissiez ; une reine. Enfant, je ne savais, homme, je me suis lu Par crainte d’effleurer d’un mot votre vertu : Les amours profonds sont timides. Ils sont constants de même, et le divin Platon Nous l’a montré jadis, puisqu’il aima, dit-on, Archaenassa malgré ses rides. J’ai de la neige au front, j’ai moins de lendemains. Voulez-vous, à présent, me tendre les deux mains, Pour que j’y mette les deux miennes ? Nous pourrons vivre, ainsi, dans le beau soir doré, Tout en nous enivrant de ce parfum sacré Qu’exhalent les choses anciennes. La lumière est charmante aux lueurs du couchant, La voix de l’être y prend un accent plus touchant, Et puis le temps n’est rien ; une heure Enferme, bien souvent, plus de félicité Qu’un cycle sans amour dans son immensité : Elle est plus longue, elle est meilleure.
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