Poème
Au lieutenant Gontier
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Si Maladie au visaige blesmy N’eust perturbé le sens à ton Amy, Long temps y a (Gontier) que ta semonce Eust eu de moy la presente response, Qui ne debvroit response se nommer. Quant à tes faictz, qui feront renommer Ton nom par tout, et apres la mort vivre, Si en cest art veulx ta poincte poursuivre, Tes poinctz sont grands, tes Metres mesurez, Tes dictz tout d’Or, tes termes Azurez, Voire si haults, et arduz à tout prendre, Que mon Esprit travaille à les comprendre. Quand tout est dit, les louanges données De toy à moy, doibvent estre ordonnées (Sans de nully vouloir blesser l’honneur) A Jan le Maire, ou au mesme Donneur. Il te failloit ung esprit Poëtique, Non pas ma Plume essorée, et rustique, Pour te respondre. Or ay je mis estude A n’estre point notté d’ingratitude. Tu m’as escript, je te responds aussi : Et si tu n’as beaucoup de Vers icy, Supporte moy : les Muses me contraignent Penser ailleurs : et fault que mes Vers plaignent La dure mort de la Mere du Roy Mon Mecenas. Et si quelcque desroy On treuve icy, ou resverie aulcune, Tu n’as (Gontier) pour moy excuse, que une, C’est que celluy pour Resveur on prendra, Qui un Resvant (en fiebvre) reprendra.
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