Poème
Au reverendissime Cardinal de Lorraine
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Au Reverendissime Cardinal de Lorraine L’Homme qui est en plusieurs sortes bas, Bas de stature, et de joye, et d’esbas, Bas de sçavoir, en bas degré nourry, Et bas de biens, dont il est bien marry, Prince tresnoble, à vostre advis, comment Vous pourroit il saluer haultement ? Fort luy seroit, car petite Clochette A beau branler avant que ung hault son jecte : Puis qu’il n’a donc que humble, et basse value, Par ung bas stile humblement vous salue. Mais qui est il ce gentil salueur, Qui ose ainsi approcher sa lueur. Du cler Soleil, qui la peult effacer ? C’est ung Marot : lequel vient pourchasser Ung traict verbal de vostre Bouche exquise, Pour bien tirer droict au blanc, où il vise. Ce qu’il attend en ceste Court, gist là, Et ce pendant pour tous Tresors il a Non Revenu, Banque, ne grand Practique, Mais seulement sa Plume Poëtique : Ung don royal, où ne peult advenir : Et ung espoir (en vous) d’y pervenir. Touchant la Plume, elle vient de la Muse, Qui à rimer aulcunesfoys m’amuse : Le don Royal vient (certes) d’ung Octroy Plus liberal, que de nul aultre Roy : Quand à l’Espoir, que j’ay en vous bouté, D’ailleurs ne vient, que de vostre bonté, En qui me fie. Et brief, telle fiance. Mettra ma peine au gouffre d’oubliance, J’entends pourveu que Monsieur le grand Maistre Vueillez prier vouloir souvenant estre De mon affaire à ces nouveaux Estatz, Car on y voyt ung si grand nombre, et tas De Poursuivans, que grand peur au cueur ay je De demourer aussi blanc comme Neige. Et puis Fortune en l’Oreille me souffle, Qu’on ne prend point en Court telz Chatz sans moufle, En me disant, qu’à cause du rebout, Souvent se fault tenir ferme debout, Et qu’aux estatz des Roys on ne se couche Facilement comme en Lict, ou en Couche. Soubz ces propos, Fortune l’insensée Languir me faict sans l’avoir offensée : Mais bon Espoir, qui veult estre vainqueur, Jusques chez moy vient visiter mon cueur, En m’asseurant que une seule parolle De vous me peult faire coucher au rolle. Plaise vous donc noble fleuron Royal, Plaise vous donc à ce Baron loyal, En dire ung mot (pour ma protection) Acompagné d’ung peu d’affection : Si vous pourray donner ce loz (si j’ose) De m’avoir faict de neant quelcque chose. Mais d’où provient, que ma Plume se mesle D’escrire à vous ? ignore, ou presume elle ? Non pour certain, motif en est Mercure : Qui long temps a de me dire print cure, Que vous estiez des bien aymez Amans Des dictz dorez, de rythme rommans, Soit de science ou divine, ou humaine. C’est le motif qui mon Epistre maine Devant voz yeux, esperant que bien prise Sera de vous, sans en faire reprise : Non que dedans rien bon y puisse avoir, Fors un desir de mieulx faire sçavoir. Et non obstant, si petit que j’en sçay, Quand me vouldrez pour vous mettre à l’essay, Et que mon sens je congnoisse trop mince Pour satisfaire à tant excellent Prince, Je m’en iray par Boys, Prez, et Fontaines Pour prier là les neuf Muses haultaines, De vouloir estre à mon Escript propices, Affin de mieulx accomplir voz services.
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