Poème
Bibuli
par Claudius POPELIN
Battant le tambour de basque Et secouant les grelots D»une muse un peu fantasque Chantons, poètes falots ! L’esprit des anciens nous trace La règle que nous suivons : « Est bibendum. » dit Horace, Rabelais a dit : « Beuvons ! » Sous les cerceaux de la treille, Temple de la liberté, Vidons la dive bouteille D’où s’échappe la gaîté. Car, enfants ! pour parler comme Le bon curé de Meudon, Rire est le propre de homme, L’ivresse lui fit ce don. Pour nous donner l’allégresse, De l’empire des Hindoux Bacchus, parti de la Grèce, Nous apporta le vin doux. Daigne, ô patron des bons bigres, Loin des bords marécageux, Venir, traîné par des tigres, Prendre une part à nos jeux. Que Silène, sur son âne Étalant son ventre nu Et dodelinant du crâne, Soit ici le bienvenu. Les Bacchantes furieuses, Les Faunes, les égipans, Les nymphes licencieuses, Les satyres chenapans. Toute la folâtre bande, Le nez rouge, les yeux ronds. Dansera la sarabande Tandis que nous trinquerons. Des cris, des éclats de rire Ebranleront le hameau, Cependant que le tityre Jouera de son chalumeau. Il se peut que cette ronde Fasse tourner l’horizon, Et nous jette un peu de monde Etourdi sur le gazon : Mais au conflit militaire, Accident des plus communs, Quelques-uns mordent la terre, Tant pis pour ces quelques-uns. Si sur ce globe qui roule A plat nous nous étalons, Pour arrêter cette boule Frappons-la de nos talons. Nous apprenons dans l’histoire Qu’au sage un marchand poli Voulut vendre la mémoire, Le sage aima mieux l’oubli. Thémistocle, ce vieux relire, Incessamment l’a cherché, Il l’aurait trouvé, peut-être, Dans une amphore caché. Ainsi que l’homme d’Athènes Nous en avons grand besoin. Ah ! foin des morales vaines, Des vains moralistes foin ! Du goulot de la fiole S’échappe le reconfort. Le sang de la vigne folle Ressusciterait un mort. En dépit des gens moroses Humons la chaude liqueur Qui sait, dans l’oubli des choses, Noyer les soucis du cœur. Donc, si vous trouvez sur terre Trop pesant votre fardeau Suivez l’avis salutaire Que vous donne un buveur d’eau.
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