Poème
Cantique à la Deesse Santé, pour le Roy malade
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Doulce Santé de langueur ennemye, De Jeux, de Rys, de tous Plaisirs amye, Gentil resveil de la force endormie, Doulce Santé, Soit à ton los mon Cantique chanté, Car par toy est l’Aise doulx enfanté : Par toy la Vie en Corps aggravanté Est restaurée. Tu es des Vieulx, et Jeunes adorée, Richesse n’est, tant que toy, desirée : De rien, fors toy, la Personne empirée Ne se souvient. Et aussi tost que ta presence vient, Palleur s’enfuit, couleur vive revient : Mesmes la Mort fuir du lieu convient, Où tu arrives. Les vieilles gens tu rends fortes, et vives : Les jeunes gens tu fais recreatives, A Chasse, à Vol, à Tournoys ententives, Et Esbatz mainctz. O doulx Repos, nourrice des Humains, Bien doibt chascun te invocquer joinctes Mains, Veu que sans toy les ennuys inhumains Nous precipitent. Veu que sans toy en la Terre n’habitent Les Dieux rians, qui à plaisir invitent : Ains tous faschez s’en vont, et se despitent, Si tu n’y viens. Vien donc icy, ô source de tous biens, Vien veoir Françoys le bien aymé des siens, Vien, fusses tu aux Champs Elisiens, Ou sur les Nuës. Tu recevras cent mille bien venues Des Princes haultz, et des Tourbes menues, Qui sont du bras de Françoys soustenues Roy couronné. Las au besoing tu l’as abandonné, Et s’est mon cueur maintesfois estonné, Comment d’un corps de grâces tant orné Tu t’es bougée. Ou peulx tu estre ailleurs si bien logée ? Revien secours de Nature affligée : Si te sera toute France obligée Moult grandement. Puis d’ung tel Roy (apres l’amendement) Tu recevras les grâces meritoires, Et auras par à l’honneur mesmement De ses futurs Triumphes, et Victoires.
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