Poème
Chanson pour Alceste
par Eugène MANUEL
À mon ami Louis Diémer J’étais venu pour voir ma mie ; Elle est partie ! Tout sera vide jusqu’au jour De son retour. L’avez-vous vue? Où donc est-elle ? Sa voix fidèle De loin répondait à ma voix, Toutes les fois ! J’espérais à cette fenêtre La voir paraître, Et puis descendre tout à coup Jusqu’à mon cou! Mais j’ai trouvé la cour déserte, La porte ouverte, L’âtre éteint, et, dans la maison, Pas un tison! J’ai parcouru, la joue en nage, Tout son ménage; Je l’ai demandée au jardin, Parmi le thym; Parmi le thym et la jonchée, Je l’ai cherchée : Dans l’enclos fermé de buissons, Plus de chansons ! A travers prés, taillis et vignes, Faisant des signes, Jusqu’au moulin, tout essoufflé, Je suis allé ; J’ai crié son nom sur la route : En vain j’écoute ! Je l’ai demandée au ramier, Son prisonnier. Est-elle au bois?... à la fontaine?... J’en perds haleine ! Est-elle au village voisin, Chez son cousin?... Est-elle partie à la ville? Et moi, tranquille, Qui chantais le long du chemin, Troène en main ! Faut-il la suivre ou bien l’attendre ? Je veux l’apprendre ! Répondez-moi, mes bons amis : Je suis soumis. Vous me regardez d’un air triste : Que Dieu m’assiste ! Où donc est-elle ?... Est-ce bien loin? Je la rejoin ! Vous pleurez, les yeux vers la terre : Pourquoi vous taire ? Je prévoyais bien mes malheurs, Mais non vos pleurs ! Est-elle allée en l’autre monde? Qu’on me réponde! Jusque-là je l’irai quérir, S’il faut mourir. Vous m’indiquez du doigt l’église... Mon cœur se brise. J’y voudrais aller de ce pas : Je ne peux pas!
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