Poème
Dialogue
par Eugène MANUEL
— Pauvre homme, c’est l’été : ta veste est-elle prête ? Laisse ta chambre et viens! La Nature est en fête! — Je n’ai que les haillons dont je suis revêtu, Et je ne vais jamais aux champs, l’ignorais-tu ? — Eh bien, nous étendrons la nappe sur deux planches, Et tu la connaîtras, la noce des dimanches! — Ma poche est vide : a-t-on toujours ce qu’on voudrait, Même pour un repas de pauvre au cabaret? — Il fait bon de marcher au soleil, en famille ! Prends sous le bras ta femme et par la main ta fille... — Je n’ai point de ménage et n’en veux pas avoir, Car la tâche est trop lourde à qui doit y pourvoir! — N’as-tu donc plus ton père ou ta mère?.. — Personne : Où le vice a semé, la misère moissonne! — Sous un rayon d’amour tout peut se transformer : Aime! — Regarde-moi : qui donc voudrait m’aimer ? — On a des compagnons... — Mes compagnons sont ivres — On lit ! — Je n’ai jamais rien compris à vos livres. — Pars, voyage! — Le mal est pareil en tout lieu. — Sais-tu prier, au moins ? — Je ne crois plus en Dieu. — Ah! Pauvre homme! Pauvre homme! Ah ! Ta plaie est profon Puisque, étant malheureux, tu ne vois que ce monde ! Viens : mes enseignements sauront te soulager... — Fort bien! Mais donne-moi d’abord de quoi manger.
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