Poème
Chant de follie, de l'origine de Villemanoche
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Les Pichelins par le Monde espanduz, Sont de si hault, et si loing descenduz, Qu’à peine a l’on sceu trouver la Racine, Ne ung Rameau de si brave Origine : Mais Dieu voulant, qu’ilz ne fussent periz, A esveillé les joyeulx Esperitz De l’ung d’entre eulx, nommé Villemanoche : Qui tout ainsi que l’on rompt une Roche, Pour trouver l’eau, qui dessoubz est cachée, Ainsi il a sa race tant cherchée ; En se rompant Entendement, et Corps, Qu’il l’a trouvée en Livres tous d’accords Livres, mais quelz ? Livres tresautentiques, Vieulx, et usez de force d’estre Antiques, Lesquelz il a à grand peine trouvez, Leuz, et releuz, volvez, et revolvez : Si vieulx (de faict) les a voulu eslire, Que nul, fors luy, oncques n’y sceut rien lire. Il a trouvé ses grands Predecesseurs Preux, et hardys, comme leurs Successeurs : Dont l’une part reside en Germanie, Et la pluspart plusieurs Regnes manie. Il a trouvé à force de chercher, Que ses Parens sceurent si bien prescher, Non pas prescher, mais si bien harenguerent, Qu’a nostre loy Infideles rengerent. Et de ceulx là on veoit par consequence Villemanoche avoir leur eloquence : Car luy estant vestu de longue Togue Sçait haranguer tout seul en Dyalogue : Et s’il avoit la Robbe courte prise, Lors, on voirroit qu’il seroit d’entreprise, Et qu’il seroit semblable de prouesse A ses Ayeulx, comme il est de sagesse. Or est ainsi (helas) qu’il nous appert, Que par deçà ceste Race se pert, Si cestuy ci n’est joinct par mariage En noble lieu : qui seroit grand dommage. O Pichelin tu desserz, qu’on t’allie En lieu Royal. O superbe Italie Tu es enflée au nom des Crivelins, Mais Gaule s’enfle au nom des Pichelins. Vive (dis tu) la Case Criveline, Mais en tous lieux vive la Picheline.
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