Poème
Chant pastoral à Monseigneur le cardinal de Lorraine
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
N’y pense plus, Prince, n’y pense mye, Si de Michel n’es ores visité, Car le Dieu Pan, et Syringue s’Amye Ce moys d’Avril ont ung pris suscité Et ont donné sur ung des Montz d’Archade Au mieulx disant de la Fluste une aulbade La Fluste d’or, neuf pertuis contenant. Tytire y court, Mopsus s’y va trainant, Et Corydon a le chemin apris, Chascun y va, pour veoir, qui maintenant Du jeu de Fluste emportera le pris. Lors ton Michel n’a eu teste endormie, Ains est couru veoir la solennité Et a sonné sa Fluste, et Chalemye, Tout à ton loz, honneur, et dignité. Incontinent que toute la Brigade Son Armonie ouyt soubz la Fueillade, Pan se teut coy merveilles se donnant : Dont chascun va sa Fluste abandonnant, Et soubz la sienne à dancer se sont pris, Disant entre eulx, ce Françoys resonnant Du jeu de Fluste emportera le Pris. Pan (en effet) eut la Face blesmie, Et sur Michel se monstra despité : Si doubterois, que de peur d’infamie Du hault du Mont ne l’eust precipité, Car ung hault Dieu de dueil trop est malade, Quand un Mortel le surmonte, et degrade. Mais Pan, qui t’ayme, est assez souvenant, Qu’ung tel’Ouvrier est propre, et advenant A toy, qui es recueil des bons Espritz : Dont reviendra, et en s’en revenant Du jeu de Fluste emportera le Pris. Envoy Prince Lorrain, par vertu consonnant A bons subjects, ton Michel bien sonnant Plus pour l’honneur, qui est en toy compris, Que pour monstrer, qu’il n’est point aprenant, Du jeu de Fluste emportera le Pris.
Connectez-vous pour laisser un commentaire.