Poème
Chant royal chrestien
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Qui ayme Dieu, son Regne, et son Empire, Rien desirer ne doibt, qu’à son honneur, Et toutesfois l’Homme tousjours aspire A son bien propre, à son aise, et bon heur, Sans adviser si point contemne, ou blesse (En ses desirs) la divine Noblesse. La plus grand Part appete grand avoir : La moindre Part soubhaicte grand sçavoir : L’autre desire estre exempté de blasme : Et l’autre quiert (voulant mieulx se pourvoir) Santé au Corps, et Paradis à l’Ame. Ces deux soubhaictz contraires on peult dire, Comme la Blanche, et la Noire couleur : Car Jesuchrist ne promect par son Dire Cà bas aux siens, qu’Ennuy, Peine, et Douleur Et d’aultre part (respondez moy) qui est ce, Qui sans mourir aux Cieulx aura liesse ? Nul pour certain. Or fault il concepvoir, Que Mort ne peult si bien nous decepvoir, Que de douleur ne sentions quelcque dragme. Par ainsi semble impossible d’avoir Santé au Corps, et Paradis à l’Ame. Doulce Santé mainte amertume attire : Et peine au Corps, est à l’Ame doulceur : Les Bienheureux, qui ont souffert martire, De ce nous font tesmoignage tout seur. Et si l’Homme est quelcque temps sans destresse, Sa propre Chair sera de luy Maistresse, Et destruira son Ame (à dire veoir) Si quelcque ennuy ne vient ramentevoir Le pauvre Humain d’invoquer Dieu, qui l’ame, En luy disant : Homme, penses tu veoir Santé au Corps, et Paradis à l’Ame ? O doncques, Homme, en qui santé empire, Croy, que ton mal d’ung plus grand est vainqueur. Si tu sentoys de tous tes maulx le pire, Tu sentiroys Enfer dedans ton cueur. Mais Dieu tout bon sentir (sans plus) te laisse Tes petitz maulx, sachant que ta foiblesse Ne pourroit pas ton grand mal percevoir, Et que aussi tost que de l’appercevoir Tu perirois comme Paille en la flame, Sans nul espoir de jamais recepvoir Santé au Corps, et Paradis à l’Ame. Certes plustost ung bon Pere desire Son Filz blessé, que Meudrier, ou Jureur Mesmes de verge il le blesse, et dessire, Affin qu’il n’entre en si lourde fureur : Aussi quand Dieu Pere celeste oppresse Ses chers Enfans, sa grand bonté expresse Faict lors sur eulx eaue de grâce pleuvoir, Car par tel peine à leur bien veult prevoir A ce qu’Enfer en fin ne les enflame, Leur reservant (oultre l’Humain debvoir) Santé au Corps, et Paradis à l’Ame. Envoy Prince Royal, quand Dieu par son pouvoir Faira les Cieulx, et la Terre mouvoir, Et que les Corps sortiront de la Lame, Nous aurons tous ce bien, c’est assavoir Santé au Corps, et Paradis à l’Ame.
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