Poème
Clement Marot aux gentilz veaux qui ont faict les adieux nouveaulx
par Clément MAROT
La Suite de l'Adolescence clémentine
Satyriques trop envieux Escrivans de plume lezarde, Vous avez faict de beaulx Adieux, Le feu sainct Anthoine les arde : Puis vostre langue se hazarde De dire, que je les ay faictz. Ainsi le Coupable se garde, Et l’Innoncent porte le faiz. Si mentez vous bien par la gorge, Sur Dames ne suis animé : Et ne sortit onc de ma forge Ung Ouvrage si mal lymé : Et ne sera mien estimé Par ceulx, qui congnoissent ma veine. Il est un petit mal rimé, Et la raison en est bien vaine. Et en cela plus sotz, que fins Vous vous monstrez apertement : Car pour bien venir à voz fins, Besongner falloit aultrement. Si parlé eussiez seulement De six, qui hayne m’ont voué, On vous eust creu facilement, Et j’eusse le tout advoué. Mais ung chascun juger peult bien, Que parler ne vouldrois des femmes, Qui ne m’ont offensé en rien, Et qui n’eurent jamais diffames. Et puis vous y meslez les Dames, Qui sçavent, que suis leur servant : C’est tres mal entendu voz Games Pour mettre voz chantz en avant. Bien ne mal n’ay voulu escrire De tant honnestes Damoyselles. Et quand d’elles vouldrois rien dire, Je ne ferois point faulx Libelles : Plus tost leurs louanges tresbelles Diroys en mon petit sçavoir, Pour acquerir la grâce d’elles, Que chascun mect peine d’avoir. Dames, où n’y a que reprendre, Et qui tenez l’honneur trescher, A moy ne vous en vueillez prendre, Oncques ne pensay d’y toucher. Vueillez vous doncques attacher Aux meschans, et sotz Blasonneurs, Qui n’ont sceu comment me fascher, Sinon en touchant voz honneurs. De Tigne espesse de six doigts, D’ung Œil hors du Chef arraché, De membres aussi secs que boys, D’ung nez de fins Clous attaché, De tout cela soit entaché Qui d’aultres Adieux a faict naistre. Quand il sera ainsi marché, Il sera aise à congnoistre.
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